Archives pour la catégorie Planète

Séisme en Californie : en attendant le « Big One »

Dimanche 24 août 2014, les  habitants de la baie de San Francisco ont eu la surprise d’un réveil en fanfare à 3h du matin : un séisme de magnitude 6 – le plus fort depuis 1989 – a secoué toute la région.  Et si heureusement aucun mort n’est à déplorer, les dégâts sont tout de même importants avec des bâtiments effondrés et des routes tout juste bonnes à faire du skateboard… Mais pourquoi un tel événement dans cette zone ? La faute à la faille de San Andreas, un décrochement à la jonction des plaques tectoniques du Pacifique et de l’Amérique. Explications. Lire la suite Séisme en Californie : en attendant le « Big One »

La Terre en chiffres

Aujourd’hui 22 avril, c’est la journée mondiale de la Terre. On en profite pour faire le point sur quelques chiffres à travers la petite carte d’identité et le carnet de santé de notre bonne vieille planète.


* concernant le chiffre « nombre de bactéries sur Terre ». Partant du principe qu’un cm3 de Terre contient environ 10^13 bactéries et que le volume de la Terre est de 1,08321 x 10^12 km3, on en arrive à 1,08321 x 10^40 bactéries sur Terre… Bien sûr, c’est un calcul théorique et donc approximatif : tout d’abord parce que les bactéries ne se trouvent pas seulement dans la Terre mais aussi dans l’eau et dans tous les organismes vivants, d’autres part car on ne trouve pas de bactéries dans le centre de la Terre… Il va donc de soi que le nombre de bactéries (au vu de leur vitesse de reproduction et de leur présence partout sur Terre) est IMPOSSIBLE à calculer exactement…

L’incroyable migration des crabes rouges de l’Île Christmas [Vidéo]

Qu’ils sont mignons ces petits crabes rouges ! Et qu’ils sont nombreux surtout ! Plus d’une centaine de millions qui chaque année se déplacent d’un bout à l’autre de l’Ile Christmas pour se reproduire. Spectacle étonnant !

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Accouplement enfoui dans le sable

Tous les ans, c’est le même manège. Au printemps, le crabe rouge de l’Ile Christmas, à 2000 km de la côte Ouest de l’Australie, sort un bout de pince pour aller tâter de la femelle. Sortant de son habitat naturel – la forêt tropicale – il se dirige vers les plages de l’île pour aller y creuser des trous. Les plus forts arrivent les premiers, bientôt dépassé en nombre par les femelles. Malgré l’embarras du choix, ça se tire les cheveux, les pinces pour tirer le maximum de coups… Dans les trous creusés dans le sable ont lieu les accouplements, puis les mâles se barrent dard-dard pour retourner dans la forêt.

http://videos.arte.tv/fr/videos/les-crabes-attaquent–3826652.html 

Les femelles, elles, restent une dizaine de jours sous terre avant d’aller pondre dans la mer. Avec pas moins de 100 000 oeufs pour chaque crabette, imaginez la nappe gluante que cela provoque dans la flotte… Bonjour la baignade. Quelques jours plus tard, les bébés crabes, qui ne mesurent que quelques millimètres, sortent de l’eau et font le même chemin retour que leurs aînés : ils vont se planquer dans la forêt tropicale et ne ressortiront que trois ans plus tard pour continuer le grand cycle de la vie.

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Casse-croûte dans la cuisine

Lors de la transhumance, qui dure une petite quinzaine de jours, mieux vaut fermer sa porte ! Car les crabes rouges s’infiltrent partout… Pourquoi ? D’abord parce que rien ne peut les arrêter (ou presque) pour rejoindre leur lieu d’amour, et parce que sur le chemin, il faut bien se nourrir ! Généralement, ils servent d’éboueurs : en se nourrissent de feuilles mortes, de fleurs, de fruits pourris. De temps en temps, ils croquent un petit bout de congénère mort… Et ils n’hésitent pas non plus à casser la croute dans votre cuisine si besoin, d’autant qu’ils sont très forts pour dénicher de quoi se mettre sous la dent.

Transhumance des mille dangers

Pour rallier la forêt tropicale à la plage, le chemin est plein d’embuches. Il faut d’abord traverser la jungle où des hordes de fourmis jaunes (espèce importée par les bateaux qui n’a rien à faire là et qui perturbe l’eco-système) vous attaquent et vous dévorent sur place. Les crabes doivent également faire gaffe aux oiseaux qui s’en donnent à coeur joie pour le plus gros festin de l’année.

Et puis, vous vous en doutez, il faut également passer par la route. Et là, forcément ça coince un peu. Heureusement, la bonne nouvelle pour les crabes, c’est que :

– l’île ne compte que 2000 habitants, soit … pas des masses.

– Les habitants sont  fans de ces crabes qui font la renommée de leur île. Ils en prennent donc grand soin et mettent chaque année en place des dispositifs pour limiter l’hécatombe.

tunnel crabe

Sous la houlette de Parks Australia, le parcours des crustacés est donc optimisé grâce à l’installation d’un réseau élaboré de clôtures et d’infrastructures : barrières le long des routes pour pousser les crabes à emprunter les tunnels et accéder de l’autre côté sans encombres, routes coupées à la circulation, vitesse réduite pour les automobilistes et présence d’une armée de « balayeurs » qui se chargent de faire avancer les crabes plus vite afin d’éviter qu’ils terminent en bouillie. Il faut faire vite car les vagues de crabes arrivent d’un coup (et pas forcément à date fixe), ce qui représente une grosse masse de travail pour les employés du parc national australien.

Ces efforts n’empêchent malheureusement pas les accidents. Ainsi, près d’un million de crabes restent  sur le carreau chaque année. Soit 1% de pertes.

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Sauvons les diables de Tasmanie

Vous l’ignorez sans doute mais le diable de Tasmanie, cet animal que nous connaissons tous sous les traits de Taz,  personnage de dessin animé bavant et remuant, est en voie de disparition. En cause ? Un cancer de la face (contagieux) qui a décimé leur population à plus de 90% en 15 ans. Aujourd’hui, il reste à peine quelques dizaines de milliers de spécimens. Heureusement, des scientifiques australiens sont sur la bonne voie pour créer un vaccin qui permettrait d’empêcher la propagation de la maladie.

Un cancer très contagieux

La Tasmanie est un pays qui vraiment n’a pas de chance avec ses animaux. Le Tigre de Tasmanie a été déclaré, il y a quelques jours à peine, totalement disparu. Nada plus rien. Et le diable (de Tasmanie également) suit le même chemin. Depuis plus de quinze ans, cette animal subit les ravages du cancer de la face : un diable infecté ne survit qu’entre trois et six mois lorsqu’il est contaminé. Progressivement, le cancer se développe au niveau de la gueule et les excroissances l’empêchent alors de se nourrir ou de se défendre. Elles finissent par étouffer l’animal (je vous épargne les photos, si vous en voulez il suffit de chercher sur Google, mais cela fait vraiment peur…)

Malheureusement, les diables ont tendance à tout le temps se chipoter : et vas-y que je te donne un coup de dent par ci- un coup de dent par là… Et c’est comme cela que cette maladie, transmise d’animal à animal lorsqu’ils se mordent, parvient à s’implanter dans leur corps et à progresser aussi vite.

Une réserve pour sauver les diables

La Tasmanie est le seul endroit au monde où vit ce marsupial, autrefois très répandu dans toute l’Australie. Depuis que les chercheurs ont découvert que l’espèce était en danger, les autorités ont soigneusement sélectionné une quinzaine d’animaux sains, qu’ils ont transférés dans une réserve naturelle au large de la côte est de la Tasmanie. Sur l’île Maria, ils seront en totale liberté. L’objectif ? Reproduire assez d’animaux en bonne santé pour sauver l’espèce, en vue de futures réintroductions … Mais avec le risque que cette nouvelle colonie soit contaminée à son tour.

Diable de Tasmanie
Diable de Tasmanie

Le vaccin de la dernière chance

Si la vaccin voit le jour, cela pourrait radicalement changer les choses. En effet, les chercheurs qui travaillent sur le vaccin ont découvert qu’un marqueur clé, normalement présent à la surface des cellules des mammifères et qui déclenche l’immunité, était absent des cellules du diables.

En d’autres termes, sans ce marqueur (qu’on appelle molécules CMH), les cellules malades ne sont pas perçues comme « malades » par le système immunitaire du marsupial. Et elles ont donc tout le loisir de continuer à proliférer.

Mais le code génétique de ces marqueurs reste présent dans les cellules cancéreuses (présent mais non actif) : il reste donc aux chercheurs la difficile tache de réactiver ce marqueurs.

« En introduisant une protéine qui provoque une réponse immunitaire, les cellules de la maladie cancéreuse peuvent être forcées à développer les molécules CMH », a déclaré un des chercheurs de l’étude, publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences et menée en collaboration entre les universités de Tasmanie, Sydney, Cambridge et du sud du Danemark.

Grâce à cette méthode, les cellules malades seraient alors repérées et neutralisées par le système immunitaire de l’animal. Cela pourrait permettre d’éradiquer, après 15 ans de ravages, ce cancer si meurtrier pour l’espèce.

Pourtant prudence, les chercheurs ne sont encore qu’au stade de l’expérimentation. Et il reste encore du chemin à parcourir avant de pouvoir lancer un campagne générale de vaccination auprès des diables…

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Attaque de moustiques géants en Floride

Ils seraient dignes d’un film d’horreur à la Hitchcock. Le titre serait «l’attaque des moustiques mangeurs d’hommes»… Les Gallinippers, ou moustiques-monstrueux (de leur petit nom) sont prêts à envahir la Floride. Ils mesurent plusieurs centimètres et leur morsure serait aussi douloureuse qu’un coup de couteau. Que du bonheur. gallinipper-mosquito

L’attaque commencera cet été… 

La Floride n’a vraiment pas de bol. Les pauvres sont déjà l’objet de trous géants mangeurs d’hommes (le Globserver en parlait encore la semaine dernière), de pythons, d’alligators et de requins, tous mangeurs d’hommes aussi. Et je ne parle pas des ouragans, des tempêtes tropicales et des tornades. Bref. Un endroit fort sympathique.

L’an passé, les fameux moustiques Gallinippers ont envahi le paysage, tout particulièrement après la tempête Debby. Car oui, les moustiques aiment l’eau (pour y pondre leurs oeufs). Et si cette année est aussi pluvieuse qu’en 2012, leur nombre pourrait encore augmenter. Ils aiment également la chaleur, d’où leur arrivage massif prévu pour le début de l’été.

Des insectes vampires

Le problème avec ces buveurs de sang, c’est que leurs oeufs peuvent «hiberner» pendant plusieurs années, attendant patiemment une bonne grosse crue pour éclore. Pendant cette période, les larves sont si voraces qu’elles peuvent avaler de petits animaux aquatiques, et même des têtards !

Une fois sortis de leur coquille, le massacre continue. Contrairement aux moustiques habituels (que l’on regretterait presque) qui sortent à la tombée de la nuit, les Gallinippers se nourrissent tout le temps, jour et nuit non-stop. Ils sont tellement gros, qu’ils peuvent vous mordre à travers vos vêtements. Et ils n’ont peur de rien puisqu’ils s’attaquent en groupe aux animaux, domestiques ou sauvages, et même aux poissons.

Nuisible depuis deux siècles

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Les premières descriptions de cet insecte aussi inhabituel que répugnant remontent à 1897 : «c’est le plus intimidant, le plus sournois, le plus méchant et le plus venimeux de tous», raconte un écrivain de l’époque, qui, par «venimeux», fait référence à la douleur des morsures.

A cause de leur taille immense, il est difficile de les éloigner, même avec les plus nocifs des insecticides.

Pour les habitants de la Floride, il va pourtant falloir s’armer (et pas seulement de patience) cet été : les larves de Gallinippers se sont rassasiées depuis l’année dernière avec les larves des autres (gentils?) moustiques… et elles sont fin prêtes à venir croquer de l’humain.

Accrochage entre Sea Shepherd et un baleinier japonais

Certains les disent extrémistes, d’autres utopistes… Dans tous les cas, les bergers de l’ONG Sea Shepherd sont déterminés. Pour empêcher un cargo japonais de mener sa chasse à la baleine, ils n’ont pas hésité à s’interposer plusieurs fois lors du ravitaillement du baleinier…

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Le navire de Sea Shepherd pris entre un navire japonais et son ravitailleur. Capture vidéo Sea Shepherd.

Chasse, chasse, chassera… 

La scène a eu lieu hier, 25 février 2013, dans le Sanctuaire baleinier antarctique. Cette zone protégée, grande de 50 millions de km2, est le garde-manger de 80% des grandes baleines de la planète. La pêche y est évidemment interdite, comme c’est le cas (presque) partout depuis le moratoire de 1986, établi par la commission baleinière internationale, qui interdit l’exploitation commerciale des baleines (sauf au large des côtes islandaises et norvégiennes).

Evidemment, les Japonais, qui ne manquent jamais une occasion de démonter toute initiative visant à protéger les baleines, ont trouvé la parade. Sous couvert de « licence de chasse scientifique » (il faudra qu’on m’explique ce qu’est une chasse scientifique), délivrée par l’agence japonaise des pêcheries, les baleiniers nippons s’en donnent à coeur joie pour massacrer chaque année, dans une zone protégée, une centaine de cétacés qui finissent – je vous le donne en mille – sur les étals des poissonniers.

C’en était trop pour Sea Shepherd, cette organisation de protection de la nature souvent dénoncée pour ces méthode hardcore et dont le fondateur, l’éco-activiste le plus connu de la planète et des océans, j’ai nommé le capitaine Paul Watson, est recherché activement par Interpol

La lutte finale 

Chaque année, il y a du grabuge entre les baleiniers japonais et les marins de Sea Shepherd. Mais cette fois-ci on peut dire que l’ONG a mis les bouchées double pour empêcher les pêcheurs d’accomplir leurs basses besognes. Pour sa 9e expédition sur site, Sea Shepherd a déployé quatre navires, un hélicoptère, trois drones et une centaine de militants. Rien que ça ! Autant dire que tout cela ne plaît pas trop au bateau usine Nisshin Maruni aux trois autres baleiniers nippons plus petits qui sont également du voyage.

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Le navire de Sea Shepherd pris entre un navire japonais et son ravitailleur. Capture vidéo Sea Shepherd.

Cela fait déjà quelques semaines que la bataille s’intensifie dans l’océan Austral. Selon l’ONG, tout a commencé lorsque le bateau de ravitaillement, le Sun Laurel, rempli à ras bord de fioul lourd à destination du baleinier japonais, s’est aventuré dans la zone du Traité de l’Antarctique (zone protégée où il est illégal de se promener avec ce type de cargaison).

Si l’on en croit les vidéos postées par Sea Sherpherd, l’ONG aurait ainsi décidé à de multiples reprises d’empêcher le ravitaillement du cargo japonais. Et à force de se faire « titiller », les japonais ont fini par s’échauffer. D’où un carambolage entre le navire nippon et le Bob Barker, fleuron de la flotte Sea Shepherd.

Le navire de Sea Shepherd s’intercale entre un baleinier et son ravitailleur – Vidéo Dailymotion.

Sur le site de l’ONG, Paul Watson raconte sa version des faits.

« C’est aussi la première fois que nous nous sommes fait éperonner par le Nisshin Maru, et, pour couronner le tout, que le navire-usine japonais a éperonné à quatre reprises son propre bateau ravitailleur, le Sun Laurel, et qu’il l’a endommagé. Je suis sûr que les Japonais vont justifier l’éperonnage de quatre bateaux en haute mer en disant que c’était un accident. Après tout, il semble que rien de ce qui arrive dans le Sanctuaire baleinier ne soit jamais leur faute…

Le Nisshin Maru a forcé le passage dans  l’espace laissé entre le Sun Laurel et le Bob Barker, et a éperonné le flanc tribord du bateau de Sea Shepherd, tout en continuant à érafler le flanc bâbord du Sun Laurel. Le Nisshin Maru est passé sur le Bob Barker comme un tank écrasant une voiture après avoir éperonné son propre ravitailleur. C’est la conduite la plus irresponsable que j’ai jamais vu en mer. « 

Vue d’hélicoptère du navire de Sea Shepherd, pris entre un baleinier et son ravitailleur – Vidéo Dailymotion.

De leur côté, les Japonais affirment que c’est le bateau de Sea Shepherd qui les a délibérément heurtés.

« This time, SS (Sea Shepherd) is sabotaging refuelling operation, which is essential for the safe navigation of ships, and the sabotage is not only malicious but inconceivably obstructive actions » a déclaré l’institut de recherche japonais sur les cétacés.

Pas la der des der 

Evidemment, chacun a son grain de sel à défendre donc difficile de dire pour l’instant ce qu’il s’est vraiment passé… Malgré tout, c’est bien le Bob Barker de Sea Shepherd qui s’est retrouvé avec tous ses mâts et son radar détruits, plusieurs voies d’eau et une coupure d’électricité, sans parler de la plateforme hélico H.S…

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la première fois qu’un tel incident se produit entre baleiniers japonais et membres de Sea Shepherd. En 2010, le baleinier Shonan Maru N°2 avait délibérément éperonné le trimaran néo-zélandais Ady Gil, qui a fini par sombrer quelques heures plus tard. A cette époque, là encore, les autorités japonaises de recherche scientifique et les activistes de  Sea Shepherd se rejettent alors mutuellement la responsabilité de la collision.

Actuellement, un navire militaire japonais a été envoyé pour porter main forte à leur baleinier, qui lui, a provisoirement interrompu la chasse. Autant dire que l’affaire est loin d’être terminée.

Epopée(s) Polaire(s)

Une chaloupe, six coéquipiers, et 1480 km à parcourir dans l’océan Austral… Ces scientifiques qui reproduisent les expéditions passées.  

Certains s’amusent avec des petits soldats, ou reproduisent les grandes épopées sur des jeux de société. D’autres, comme Tim Jarvis, vont beaucoup plus loin. Ce scientifique environnemental/aventurier a comme hobby de recréer en vrai des expéditions polaires mythiques, dans les mêmes conditions qu’à l’époque où elles ont été réalisées.

A : l'île de l'EléphantB : Georgie du Sud
A : l’île de l’Eléphant
B : Georgie du Sud

En 2007, il commence donc par reproduire le voyage de Douglas Mawson, un géologue qui dirigea une expédition en Antarctique entre 1911 et 1914.  Tim Jarvis est parti avec les mêmes vêtements, la même quantité de nourriture, le même équipement que Mawson en 1911. Le but ? Tester la théorie selon laquelle l’explorateur aurait dû cannibaliser ses collègues morts de froid pour survivre… Mmmmm.

Aujourd’hui, Tim Jarvis tente une nouvelle folle aventure dans le grand froid. Avec 5 coéquipiers, ils ont embarqué vendredi (25 janvier), sur un petit canot. Ils doivent rallier l’île de l’Eléphant (A), située à la pointe de l’Antarctique, à la Géorgie du Sud (B), 1480 km plus au nord. Leur objectif est de refaire (toujours dans les mêmes conditions qu’à l’époque) le voyage de Ernest Shackelton, un explorateur parti chercher du secours à bord de son canot de sauvetage, après le naufrage de son navire prisonnier des glaces en 1916.

Shackelton, héros de la conquête polaire

En 1912, tandis que Roald Amundsen part à la conquête du pôle Sud (et que le Titanic sombre dans l’Atlantique), Ernest Shackelton, lui, n’a qu’un idée en tête : la gloire. Il se concentre donc sur ce qu’il estime être le dernier grand objectif de la conquête de l’Antarctique : la traversée du continent, de la mer de Weddell à la mer de Ross, en passant par le pôle Sud. 2900 km à parcourir à pied sans compter le périple en bateau pour y arriver. En somme, une charmante promenade de santé.

Shackelton monte l’expédition Endurance, qui prend la mer en décembre 1914 : le navire Endurance, qu’il dirige, passera par la mer de Weddell, tandis qu’un deuxième navire, l’Aurora, commandé par Mackintosh (ça ne s’invente pas!), passera de l’autre côté de l’Antarctique par la mer de Ross, pour y déposer des provisions.

L'Endurance broyé par les glaces, sur le point de couler en novembre 1915.
L’Endurance broyé par les glaces, sur le point de couler en novembre 1915.

Malheureusement les galères arrivent rapidement. Les conditions météo se dégradent progressivement et fin janvier, un mois et demi après leur départ, le bateau est bloqué dans les glaces. C’est le début d’une lente dérive du navire avec la banquise. Huit mois d’attente et en septembre, le printemps arrive (ben oui, c’est l’hémisphère sud !). Shackelton se dit « ouf ! enfin nous allons pouvoir sortir! » sauf que la rupture des glaces provoque de fortes pressions sur le navire… qui commence à se remplir d’eau. La fine équipe finit par abandonner le navire qui sera peu après broyé et englouti sous les glaces de l’Antarctique.

Voilà donc l’expédition Endurance sans bateau, coincée sur la banquise. Les marins espèrent que celle-ci dérive assez pour les emmener 400 km au nord, vers l’île Paulet où ils auront une chance d’être secourus. Cinq mois passent, à se nourrir de phoques, dans un froid polaire. Nous sommes en mars 1916 et ils ne sont qu’à une centaine de km de l’île Paulet… Mais impossible de la rejoindre.

Comble de malchance, la banquise se brise sous leurs pieds quelques semaines plus tard, les forçant à mettre les canots de sauvetage (rescapés de l’Endurance) à l’eau. Pendant cinq jours, ballotés par les vagues et le vent, ils finissent par débarquer, épuisés, affamés et frigorifiés, sur l’île de l’Eléphant. Une île couverte de glace, escarpée, loin des routes maritimes. Bref, un endroit fort sympathique où ils risquent de rester un bon bout de temps.

Rouge : le voyage de l’Endurance (12/1914 - 01/1915) Jaune : la dérive de l’Endurance prit dans les glaces (01/1915 - 11/1915) Vert : après que le navire ait coulé, dérive sur la banquise et voyage en canot vers l'île de l'Élephant Bleu : le voyage du canot jusqu'en Géorgie du Sud Turquoise : le trajet de l'expédition tel qu'il était prévu à l'origine Orange : le voyage de l’Aurora  Rose : la prise dans le pack de l’Aurora et son retour, laissant sur place une partie de l'équipe Marron : la mise en place des dépôts
Rouge : le voyage de l’Endurance (12/1914 – 01/1915)
Jaune : la dérive de l’Endurance prit dans les glaces (01/1915 – 11/1915)
Vert : après que le navire ait coulé, dérive sur la banquise et voyage en canot vers l’île de l’Élephant
Bleu : le voyage du canot jusqu’en Géorgie du Sud
Turquoise : le trajet de l’expédition tel qu’il était prévu à l’origine
Orange : le voyage de l’Aurora
Rose : la prise dans le pack de l’Aurora et son retour, laissant sur place une partie de l’équipe
Marron : la mise en place des dépôts de vivres

L’opération de sauvetage du James Caird

Départ du canot James Caird vers la Géorgie du Sud
Départ du canot James Caird vers la Géorgie du Sud

Shackelton prend alors son courage à deux mains. La survie de ses marins en dépend. Il s’embarque avec 5 d’entre eux (qui ont quand même la dent dure d’avoir déjà survécu à tout ça) sur un canot de sauvetage qu’il nomment le James Caird (du nom du financier de l’expédition). Dans leurs bagages, un mois de provisions. « Pas plus, car si nous ne sommes pas arrivés dans un mois, nous sommes morts de toute façon » raconte Shackelton. Leur objectif ? Aller chercher des secours en Géorgie du Sud, là où se trouve un port baleinier fortement fréquenté.

Ils vont braver la tempête et les glaces pendant 15 jours, et arrivent (évidemment) sur le côté désert de l’île. Après 9 jours de repos pour se remettre du voyage, Shackelton part avec deux hommes (les trois autres ne sont pas assez vaillants pour poursuivre le voyage) à pied, pour traverser l’île. Il n’y a bien sûr pas de route, sinon ça serait trop facile, et ils mettent presque deux jours pour rejoindre la ville la plus proche, Stromness. Shackelton y récupère un navire pour aller chercher, dans un premier temps, les trois autres marins restés de l’autre côté de l’île.

Quant aux 22 hommes coincés sur l’île de l’Eléphant, ils ne seront secourus – tous en vie !- que le 30 août 1916, soit 128 jours après le départ de Shackelton dans sa chaloupe de la dernière chance.

Tim Jarvis, petit joueur derrière les scientifiques du Kon-Tiki

Le canot de l'équipe de rim Jarvis
Le canot de l’équipe de Tim Jarvis

Tim Jarvis et son équipe n’ont donc emporté que le strict minimum en termes d’équipement de survie et de navigation à bord de leur canot pour revivre la formidable épopée de Shackelton. Ils devront faire face à de nombreux dangers (baleines, icebergs, murs d’eau) avant d’atteindre la Géorgie du Sud. Leur arrivée est prévue d’ici une quinzaine de jours.

Heureusement pour eux, le canot sera escorté d’un navire d’assistance au cas où… Pas folle la bête ! Tim Jarvis se la joue « je risque ma vie », à la manière des grands héros polaires, mais pas question de trop se mouiller quand même. Ce qui ne fût pas le cas d’une autre équipes de scientifiques à la fin des années 1940.

Le radeau de l'expédition du Kon-Tiki
Le radeau de l’expédition du Kon-Tiki

L’expédition du Kon-Tiki, qui tire son nom du Dieu soleil d’un ancien peuple du Pérou, a eu lieu en 1947. Comme Tim Jarvis aujourd’hui, une équipe de scientifiques décide de prendre la mer à bord d’un simple radeau pour traverser l’océan Pacifique. Menée par l’anthropologue norvégien Thor Heyerdahl, l’expédition a pour but de montrer que les îles du Pacifique ont été colonisées il y a très longtemps par des hommes venus d’Amérique du Sud. C’est en fait suite aux nombreuses critiques reçues sur cette théorie que Thor Heyerdahl monte l’expédition (pour leur montrer à tous que c’est lui qui a raison et que c’est possible, non mais).

Le 28 avril 1947, le radeau, réalisé à la manière des Incas (morceaux de bois bruts, feuilles de bananier, bambous et cordes rudimentaires pour assembler le tout), quitte le Pérou. A son bord, 6 hommes qui vont mettre près 101 jours pour parcourir 8 000 km. Sur le chemin, ils rencontreront requins-baleines, poissons-volants et grosse-tempête. Mais finissent par rejoindre l’archipel des Tuamotu, tous en vie, et sans assistance. Une croisière sympathique.

Un film est d’ailleurs sorti cette année (mais pas en France) sur cette expédition mythique, qui montre que les scientifiques, tout de même, en ont dans le pantalon…