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La peste peut-elle revenir en Europe ?

Charnier de Londres. 15/03/13
Charnier de Londres. 15/03/13

Il y a quelques semaines, lors de travaux de forage à la City, une quinzaine de squelettes ont été déterrés. Des victimes de Jack l’Eventreur ? Non, d’un autre serial killer autrement plus efficace : la peste. Des tests doivent encore être opérés, mais les archéologues en sont quasiment sûrs : il s’agit bien d’un charnier abritant des victimes de la grande peste du XIVe siècle. Pourquoi en sont ils si sûrs ? Parce que des documents datant des années 1500 suggèrent qu’il pourrait y avoir jusqu’à 50000 cadavres enterrés dans cette zone de Londres!

Si aujourd’hui, la peste n’existe quasiment plus en Europe depuis trois siècles, elle tue encore plus de 600 de personnes dans le monde chaque année. Alors pourquoi une résurgence de la maladie ne se représenterait-elle pas sur le Vieux Continent ? Et quels seraient les risques compte tenu de notre résistance de plus en plus grande aux antibiotiques ?

Qui est Yersinia Pestis ?

La peste, de son petit nom Yersinia Pestis, est une bactérie qui survit dans le sang des mammifères, notamment des rats, souvent accusés de répandre la maladie. En réalité, ce sont les puces les véritables responsables puisqu’elles transmettent le bacille à l’homme après avoir sucé le sang contaminé des rongeurs.

Quant à l’origine de la contamination des rongeurs, le doute subsiste : des travaux d’expérimentation, menés dans les années 1950, ont montré une persistance de la bactérie de la peste dans le sol. Les rongeurs fouineurs seraient alors contaminés par ces sols par inhalation, mais les résultats n’ont jamais été confirmés.

Scène de la peste de 1720 à la Tourette, de Michel Serre
Scène de la peste de 1720 à la Tourette, de Michel Serre

Il existe plusieurs types de pestes : la peste noire, également appelée peste bubonique, la peste septicémique et la peste pneumonique. Je vous épargnerai le détail de chacune d’elle. Sachez tout de même que la peste pneumonique (qui touche les poumons) est la plus contagieuse car elle passe par les voies respiratoires et peut se transmettre par la toux. La bubonique, elle, (la forme la plus courante de la maladie) vous laisse à jamais d’énormes traces sur tout le corps si vous en réchappez … ce qui est rarement le cas (il colonise les organes et le sang, et provoque une septicémie fatale). Sympa hein?

Les grandes épidémies 

Les grandes épidémies de peste

Yersinia Pestis est responsable des pires épidémies de l’histoire. A côté, H1N1 peut aller se rhabiller. On peut noter la grande peste d’Athènes, en -430, ou la peste de Justinien, qui a sévi entre entre le VIe et le VIIe siècle dans tout le bassin méditerranéen.

Mais la palme revient à la pandémie de Peste Noire du milieu de 1347. Elle a littéralement décimé l’Europe : entre 30 et 50% de la population ont passé l’arme à gauche, soit 25 millions de personnes ! Il faut dire que la peste est friande des endroits insalubres, de la grande misère, et des organismes affaiblis par la famine. Ca tombe bien: en 1347, les famines se succèdent déjà depuis plusieurs années (en raison d’un refroidissement climatique peut-être dû à l’éruption d’un volcan ou la chute d’une météorite) et la guerre de 100 ans fait rage (par dessus le marché) depuis déjà 10 ans… De quoi mettre en appétit la peste noire, qui arrive à Marseille, à bord de bateaux génois en provenance de Crimée.

Jusqu’au XVIIIe siècle, des épisodes majeurs de peste se déclarent encore régulièrement en Europe : à Toulouse en 1628, à Londres en 1666 et à Marseille en 1720. Celle de Marseille fit entre 90 000 et 120 000 victimes sur une population de 400 000 habitants. Celle de Londres, elle, provoqua la mort de 75000 personnes. L’épidémie fut éradiquée avec le grand incendie de Londres qui survint la même année (1666 fut renommée année du diable par les Anglais… on comprend pourquoi).

Aujourd’hui, c’est surtout en Afrique et en Asie que la maladie frappe le plus. L’Amérique Latine est également touchée, ainsi que les Etats-Unis, qui comptent en moyenne une dizaine de victimes de la peste chaque année*. Au total, il y aurait eu 50 00 cas de peste entre 1990 et 2009, répartis dans une trentaine de pays, dans le monde. En France, les derniers cas avérés remontent à 1945, en Corse.

Bleu ciel : Cas de peste reportés, 1970–1998. Bleu foncé : Présence du pathogène chez les animaux.

 

Comment lutter contre la peste ?

  • Avant

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Il est loin le temps où les médecins s’affublaient de longues robes noires et de becs d’oiseaux remplis de plantes médicinales ! Au Moyen-Âge, totalement démunie face aux maladies graves comme la peste, la population invoque les saints pour se soigner. Par ailleurs, l’épidémie étant une punition divine, il faut donc se repentir. Comment ? En brûlant les hérétiques et les lépreux, en se flagellant, en torturant les juifs, accusés de propager la maladie… Des méthodes pas très efficaces contre la peste, vous vous en doutez.

L’autre méthode, c’est de faire des saignées : ce qui n’a pour d’autres effets que d’achever les patients. Le troisième traitement consiste en trois verbes, qui vous rappelleront un film récent : «Cito, longe fugeas, et tarde redeas», c’est-à-dire «Pars vite, longtemps, et reviens tard»… ce qui revenait à accélérer la propagation de la maladie.

  • Maintenant

Heureusement, depuis cette époque, nous avons des traitements autrement plus efficaces : la peste se soigne par les antibiotiques. Seul problème : non seulement les malades n’y ont pas toujours accès (dans les zones endémiques, il est impossible de prendre des antibiotiques en continu), mais en plus, les résistances aux médicaments sont de plus en plus importantes. Qu’adviendrait-il alors si la maladie revenait frapper nos contrées ? Si la peste était utilisée comme arme chimique ? En cas de résistance aux antibiotiques, il faudrait trouver d’autres solutions, et vite.

seringueMais pas de panique… A l’heure actuelle, le meilleur moyen pour se prémunir de la peste reste l’assainissement du milieu : l’histoire a montré qu’une population avertie, couplée à une politique sanitaire efficace, était l’idéal pour contrôler la maladie. Ce qui n’est pas toujours facile à réaliser dans les foyers actifs de la peste situés dans les pays en développement (République démocratique du Congo, Madagascar).

Aujourd’hui, les chercheurs continuent toujours de chercher un vaccin

*Ce chiffre étonnant est le résultat de l’épidémie de Hong-Kong, au début du XXe siècle, et des bateaux qui ont importé rats et puces infectés dans le port de San Francisco.

Sauvons les diables de Tasmanie

Vous l’ignorez sans doute mais le diable de Tasmanie, cet animal que nous connaissons tous sous les traits de Taz,  personnage de dessin animé bavant et remuant, est en voie de disparition. En cause ? Un cancer de la face (contagieux) qui a décimé leur population à plus de 90% en 15 ans. Aujourd’hui, il reste à peine quelques dizaines de milliers de spécimens. Heureusement, des scientifiques australiens sont sur la bonne voie pour créer un vaccin qui permettrait d’empêcher la propagation de la maladie.

Un cancer très contagieux

La Tasmanie est un pays qui vraiment n’a pas de chance avec ses animaux. Le Tigre de Tasmanie a été déclaré, il y a quelques jours à peine, totalement disparu. Nada plus rien. Et le diable (de Tasmanie également) suit le même chemin. Depuis plus de quinze ans, cette animal subit les ravages du cancer de la face : un diable infecté ne survit qu’entre trois et six mois lorsqu’il est contaminé. Progressivement, le cancer se développe au niveau de la gueule et les excroissances l’empêchent alors de se nourrir ou de se défendre. Elles finissent par étouffer l’animal (je vous épargne les photos, si vous en voulez il suffit de chercher sur Google, mais cela fait vraiment peur…)

Malheureusement, les diables ont tendance à tout le temps se chipoter : et vas-y que je te donne un coup de dent par ci- un coup de dent par là… Et c’est comme cela que cette maladie, transmise d’animal à animal lorsqu’ils se mordent, parvient à s’implanter dans leur corps et à progresser aussi vite.

Une réserve pour sauver les diables

La Tasmanie est le seul endroit au monde où vit ce marsupial, autrefois très répandu dans toute l’Australie. Depuis que les chercheurs ont découvert que l’espèce était en danger, les autorités ont soigneusement sélectionné une quinzaine d’animaux sains, qu’ils ont transférés dans une réserve naturelle au large de la côte est de la Tasmanie. Sur l’île Maria, ils seront en totale liberté. L’objectif ? Reproduire assez d’animaux en bonne santé pour sauver l’espèce, en vue de futures réintroductions … Mais avec le risque que cette nouvelle colonie soit contaminée à son tour.

Diable de Tasmanie
Diable de Tasmanie

Le vaccin de la dernière chance

Si la vaccin voit le jour, cela pourrait radicalement changer les choses. En effet, les chercheurs qui travaillent sur le vaccin ont découvert qu’un marqueur clé, normalement présent à la surface des cellules des mammifères et qui déclenche l’immunité, était absent des cellules du diables.

En d’autres termes, sans ce marqueur (qu’on appelle molécules CMH), les cellules malades ne sont pas perçues comme « malades » par le système immunitaire du marsupial. Et elles ont donc tout le loisir de continuer à proliférer.

Mais le code génétique de ces marqueurs reste présent dans les cellules cancéreuses (présent mais non actif) : il reste donc aux chercheurs la difficile tache de réactiver ce marqueurs.

« En introduisant une protéine qui provoque une réponse immunitaire, les cellules de la maladie cancéreuse peuvent être forcées à développer les molécules CMH », a déclaré un des chercheurs de l’étude, publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences et menée en collaboration entre les universités de Tasmanie, Sydney, Cambridge et du sud du Danemark.

Grâce à cette méthode, les cellules malades seraient alors repérées et neutralisées par le système immunitaire de l’animal. Cela pourrait permettre d’éradiquer, après 15 ans de ravages, ce cancer si meurtrier pour l’espèce.

Pourtant prudence, les chercheurs ne sont encore qu’au stade de l’expérimentation. Et il reste encore du chemin à parcourir avant de pouvoir lancer un campagne générale de vaccination auprès des diables…

diable 2

L’actu de la semaine (29 janvier 2013)

Cette semaine, l’actualité scientifique est pleine de défis et d’innovations. Au programme, des projets à un milliard, des objets fantômes, un record à faire pâlir Jules Verne, et des dauphins (pour le glamour).

Human-Brain-project-Alp-ICT– Plus d’un milliard d’euros… oui, vous avez bien entendu. C’est le budget alloué par l’Europe à deux supers projets : le développement du graphène (par les Suédois, cliquez sur le lien, c’est vraiment étonnant) et de l’Humain Brain Project (par les Suisses). Le premier concerne un nouveau matériau qui a des propriétés incroyables et pourrait bien révolutionner nos usages du numérique. L’autre veut créer un cerveau humain artificiel, notamment pour y tester de nouveaux traitements. Du lourd.

molecula_adn

L’ADN peut servir de bibliothèque (ou de disque-dur pour les plus geeks). La célèbre double-hélice qui constitue le coeur de nos cellules a été programmée par des chercheurs pour y stocker des données. En l’occurrence, ils y ont mis l’intégrale de Shakespeare. L’ADN étant hyper résistant aux aléas du temps, c’est la méthode la plus pérenne pour conserver des informations. Qui plus est, ça ne prend pas de place.

– Et d’ailleurs en parlant d’ADN, des chercheurs britanniques ont découvert une forme particulière d’ADN à quatre brins : le G-quadruplexe ou G4. Auparavant, on ne l’avait encore jamais vu dans des cellules vivantes. Vous me direz sans doute que ça vous fait de belles jambes, mais sachez que cela pourrait faire progresser la recherche contre le cancer.

– Tim Jarvis, un scientifique aventurier, veut reproduire une Epopée Polaire mythique. Sur son petit canot, et avec 5 compagnons de voyage, il va parcourir 1 400 km dans l’océan austral. On lui souhaite bien du courage. Un article du Globserver !

– Et dans la catégorie épopée maritime, le premier prix est attribué à … François Gabart, qui a réalisé ce que Jules Verne lui même n’a pas pu imaginer : le tour du monde en moins de 80 jours. Un joli succès pour sa première participation au Vendée Globe. Et la preuve que l’homme peut toujours plus repousser ses limites.

– On reste dans le monde marin avec des dauphins qui font beaucoup parler d’eux en ce moment. Deux vidéos circulent sur le web : l’une montre des dauphins venant en aide à l’un des leurs en difficulté, l’autre d’un dauphin empêtré dans un filet qui vient gentiment demander un coup de main à un plongeur. Pas de doute, ces animaux là sont au moins aussi intelligents que nous.

– Dans la rubriques des innovations, saluons également le test d’un vaccin contre le SIDA. 48 volontaires séropositifs vont servir de cobayes pour les essais cliniques de ce vaccin curatif, qui pourraient, s’il fonctionne, remplacer la trithérapie. Les premiers résultats sont attendus d’ici 5 mois.

– Autre avancée technologique cette fois, la création d’objets fantômes. Vous en rêviez (surtout depuis avoir vu James Bond et sa voiture invisible, ou Harry Potter… au choix), les chinois l’ont fait. Ou tout du moins ils arrivent à faire en sorte qu’un objet renvoie une image autre que la sienne. Pour bien comprendre : sur le schéma ci-dessous, vous pouvez voir en (A) ce à quoi ressemble vraiment l’objet, et en (C) l’image qu’il renvoie, c’est à dire ce que nous voyons. Ingénieux !

Images-fantômes

– Moins bonne nouvelle, mais toujours chez les chinois. C’est l’Airpocalypse à Pékin. La ville connaît une pollution sans précédent mais pas grand chose n’est fait pour y remédier.

Diane 35, la pilule contraceptive qui n’en était pas une, a fait quatre morts officielles. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a décidé de la retirer du marché en raison des risques d’embolie et de thrombose. Plus de 300 000 femmes la prennent en France.

Mars vue par Opportunity
Mars vue par Opportunity

Opportunity, le grand frère de Curiosity, entame sa 10e année sur Mars. Eh oui, déjà 9 ans que le petit robot d’exploration et de recherche sillonne la planète Mars. Il aura parcouru 35 km (ce qui est beaucoup pour un petit truc à roulette comme celui-là). Il était programmé pour fonctionner 90 jours. On peut dire que c’est du solide !

Les mots du jour. 

Quagma : C’est un état particulier de la matière qu’on appelle le plasma de quarks et de gluons (autrement dit quagma). Le LHC du Cern est en train d’étudier ça en « collisionnant » des protons et des noyaux de plomb … On s’amuse comme on peut.
Buckminsterfullerène (à vos souhaits!) : C’est une molécule de carbone en forme de ballon de football. On supposait qu’elle était présente dans le milieu interstellaire, à proximité d’étoiles chaudes. Et on supposait bien car une équipe d’astronomes l’a découverte à l’état gazeux.